Hey, p'tit
Petit texte à partir d'un prompt (une photo de Johanne)
Texte pour le jeu de Johanne : Inventer un texte à partir de cette photo.
Je les vois venir de loin. Le vieux chien galeux lève la patte sur la carcasse de machine à laver, juste à côté de moi. Qu’il s’avise pas d’approcher. Le gosse suit, pas bien vaillant. Et vas-y que je boite. Faut dire qu’il s’est pris la dérouillée, j’ai tout vu. Il n’est pas assez grand, c’est ça le problème. Mais pas que. Ça ne doit pas être la première fois qu’il trinque, le gamin. Avec le chien, ils font la paire, y a pas à dire.
Marcel vient de mordre la poussière. Encore une fois. Encore la bande de Quentin. Toujours contre lui. Parce qu’il est petit, mal fichu, les jambes en fil de fer, les biceps en pattes d’araignée. « Intello d’mes deux », « pine d’huître », « asticot ». Un bon client pour les bagarres quand ils n’ont plus de ballon de foot.
Marcel aime bien se bagarrer : quand il gagne ! Et depuis que Quentin a pris 10 cm, ça n’arrive plus jamais. Mais un jour, ça changera. À la maison, il s’entraîne à taper dans des sacs de patates. Avec les poings, avec les pieds. Ses jambes bougent plus vite, ses coups deviennent plus précis.
Putain, le chien approche. T’as pas intérêt à pisser sur moi, mon vieux.
Le chien errant toujours collé à ses basques furète dans un tas de vêtements et s’apprête à lever la patte. Marcel crie : « Non, va-t’en, allez, file ! » Parce qu’il y a un mec, là. Ouais, un visage. Sur un T-Shirt.
Le gars ressemble à un boxeur, un de ces gars qui a longtemps mordu la poussière. Puis, un jour, la gagne, les filles, le respect. Marcel soulève le T-Shirt. Les yeux le fixent encore plus fort. L’air de dire Hey, p’tit, tu crois que c’est facile la vie ? Faut se battre. Faut te défendre. Le type le regarde de haut. Il le prend pour une mauviette. Forcément, lui il a l’air d’un roi.
Alors Marcel enfile le T-Shirt, comme ça le gars regarde droit devant. Il fixe le chien. Marcel clame « J’suis pas une mauviette ! » Allez, les poings en position de boxe.
Le gars l’encourage : Direct du droit, vas-y, crochet du gauche, uppercut au menton. Ouais, c’est ça, p’tit. Marcel sautille, regarde d’un côté, de l’autre et repousse de ses poings les nouveaux assaillants. Surveille tes arrières, p’tit.
Marcel cogne et cogne encore dans l’air, dans les potes de Quentin, dans la poussière.
Invincible.


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C’est ça qui me frappe : les plus grandes batailles commencent rarement dans un ring. Elles commencent dans la tête d’un p’tit qui en a assez de manger des volées.
Le T-shirt, c’est juste un chiffon. Mais Marcel y emprunte un peu de courage, le temps que le sien pousse enfin. On fait tous ça un jour ou l’autre : on s’accroche à une phrase, à une personne, à une vieille photo, jusqu’à ce que la confiance arrête d’être empruntée pour devenir la nôtre.
Les vrais costauds ne sont pas toujours ceux qui frappent le plus fort. Souvent, ce sont ceux qui finissent par se relever une fois de plus que les autres.